Noushin Bagherzadeh est une sculptrice d’origine iranienne installée à Bruxelles. Elle appartient à une génération pour qui la guerre n’a jamais été une image sur un écran : c’était l’air de l’enfance, à Téhéran. Son œuvre a porté ce résidu à travers les frontières et les décennies : quelque chose qui se détache du lieu de l’impact et voyage en silence dans les corps, les matières et la mémoire. Sa sculpture donne un espace au souvenir de chacun, un corps à ce qui nous traverse.

Formée d’abord au graphisme à l’Université des Beaux-Arts de Téhéran, elle est conduite vers la sculpture par l’appel de l’espace tridimensionnel, par la possibilité d’une forme qu’on ne peut jamais saisir d’un seul point de vue. Aucune de ses sculptures ne se laisse prendre d’un coup d’œil ; il faut en faire le tour, s’approcher, reculer, revenir. À chaque angle, une tension nouvelle apparaît : anodine d’abord, puis insistante. L’œuvre récompense le regard qui s’attarde : celui qui découvre, dans le calme apparent, la trace d’une lutte. Ses sculptures nous obligent à tourner autour de ce que nous pensions avoir déjà vu.

Son matériau de prédilection est le métal. Le travail commence, selon ses mots, comme une épreuve de force, une rencontre avec la résistance. Peu à peu la matière cède, entre dans le mouvement, respire, suit l’impulsion. Ce qui relevait du combat devient une danse tendue, exigeante. Le geste est discrètement politique : le même matériau que l’industrie durcit en instruments de destruction est ici ramené à la fluidité, sa violence ni effacée ni esthétisée, mais transformée et contenue. Sa longue danse avec le métal se lit comme un acte parallèle de désarmement : la force convertie en rythme, la résistance en souffle.

Au cœur de chaque sculpture, un vide, un espace pour un souvenir. La forme se rassemble autour de lui ; le plein ne fait que l’accompagner. Ce vide est la respiration intérieure de l’œuvre, son axe secret, et sa fonction mémorielle. Là où les monuments figent les morts dans le bronze et enferment la guerre dans des débuts et des fins nets, ses sculptures tiennent un espace ouvert pour ce qui est absent, non compté ; ses ressentis et souvenirs reprennent leur place auprès de chacun. Ce vide est habitable. Chacun peut y entrer avec sa propre mémoire. La sculpture nous fait de la place pour nous souvenir.

Le mouvement traverse tout ce qu’elle fait : une circulation d’énergie, un élan intérieur, comme si la matière continuait de se déplacer en silence. Ses œuvres gardent une poussée, une tension, une direction : la trace visible des forces qui ont traversé des lieux et des vies. Dans des lignes qui rappellent parfois la calligraphie de sa langue maternelle, elles inscrivent dans l’espace ce qui ne peut se déclarer en mots : le déplacement, l’endurance, la persistance d’un élan que la violence n’a pas éteint.

Le travail de transformation ne s’achève jamais ; il se poursuit, angle après angle, souffle après souffle.